également le triste privilège de devoir annoncer aux familles de marins la disparition en mer dun être cher, accompagné du prêtre et du gendarme le trio funèbre.
Un maire Capitaine était évidemment mieux armé pour cette circonstance. Il faut noter que trois ans avant le début du mandat de Jean Bureau finissait celui de
Charles Garnier Maire de Vertou pendant 18 ans qui était un Armateur. Une autre personnalité influente de la commune était le Sénateur Charles Lecour-
Grandmaison, appartenant à une famille darmateurs habitant à la Mottechaix en Vertou.
On mesure ainsi la forte influence des professionnels maritimes dans une commune réputée rurale comme Vertou. Au-delà d'une personnalité sans doute hors
du commun, la désignation de Jean Bureau reflète l'estime accordée aux armateurs et aux capitaines de la commune capables de sillonner toutes les mers du globe
au péril de leur vie. Mais aussi qui maîtrisaient tous les rouages complexes du commerce international. Qui assuraient également une certaine prospérité aux
habitants de la commune avec des emplois bien rémunérés pour lépoque de marins, de gabariers, de charpentiers de navires. Ils enrichissaient les notables
"intéressés dans leurs navires. Ils procuraient du travail aux artisans de la commune pour construire et aménager leurs belles maisons. Ils contribuaient
généreusement à la souscription ouverte pour la construction de la nouvelle église, fierté des Vertaviens. Car c'est au cours du mandat de Jean Bureau que
l'édification de la nouvelle église arrêtée jusqualors faute de financement reprendra pour sachever définitivement en 1886. Mais sans son clocher qui sera terminé
un peu plus tard et dont lune des cloches, celle du RE, a été baptisée Ernestine-Marie comme sa fille Ernestine-Marie Bureau.
Le mandat de Jean Bureau saccomplit à une période de 1880 à 1885 - particulièrement cruciale pour la République Française et ses institutions. Car ce nest
quà partir de ces années-là que la République senracinera définitivement dans notre pays après plusieurs décennies déclipses bonapartistes et royalistes. Que la
conception républicaine et parlementaire des institutions triomphe enfin. Que le 14 Juillet est décrété Fête Nationale. Que la Marseillaise devient lhymne national.
Que la liberté de réunion est assurée par la loi du 30 Juin 1881 et celle de la presse par la loi du 29 Juillet 1881 qui réglemente aussi laffichage mural. Que la
liberté dassociation est instituée par la loi du 22 Mars 1884. Que le divorce est à nouveau rétabli avec la loi Naquet de 1884. Et que enfin avec la loi du 5 Avril
1884 lélection des maires de toutes les communes est redonnée aux conseils municipaux élus (sauf à Paris). Ces lois sont pour la plupart luvre de Jules Ferry,
président du Conseil en 1880-1881 et en 1883-1885 dont le nom est resté associé à linstitution de lenseignement primaire gratuit (en 1880), laïc et obligatoire (en
1882). Cest aussi à cette époque que commence la séparation de lEglise et de lEtat avec notamment lexclusion des congrégations religieuses de lenseignement et
lexpulsion des Jésuites, mesures qui sont loin de recueillir lapprobation de tous les Français dans lOuest catholique, et plus spécialement à Vertou encore marqué
par les drames de la Terreur. A cette époque de passions exacerbées dans un climat de quasi guerre civile être Maire de Vertou ne devait pas être une position bien
confortable. Mais c'est aussi à cette époque aussi que la crise économique commence à sinstaller, que les barrières douanières sont érigées à nouveau, que les
nationalismes se réveillent et que commencent à couver les grands conflits du siècle suivant. La deuxième mondialisation sachève et avec elle les besoins de
transports maritimes, ce qui entraînera le déclin progressif de la marine à voile nantaise.
Lors de la disparition de Jean Bureau le Sénateur de Vertou écrit à sa veuve les mots suivants, certes de circonstance, mais qui confirment lopinion que lon
peut se faire du personnage avec la distance du temps: Cest un véritable chagrin car cétait pour moi un vieil ami dont jappréciais la franchise et linaltérable
droiture. Je le considérais comme un honnête homme dans toute lacception du mot et javais pour lui autant de respect que daffection. Je noublierai jamais les
grands services quil a rendus à la commune ni les nombreuses marques damitié quil ma données en diverses circonstances
Célestin Gicquel Officier mécanicien
Revenons sur Célestin Gicquel. Exceptionnellement doué il rafle tous les prix à lécole publique de Vertou. La légende raconte que son père devait venir
récupérer ses lourds livres de récompense dorés sur tranche - avec une brouette. (Il sera lui-même surnommé doré sur tranche par lespiègle sur cadette de
ma grand-mère qui annonçait ainsi l'arrivée dans le village du jeune Gadzart ou officier de marine). On le dirige vers lInstitution Livet à Nantes qui prépare à
lexamen dentrée à lEcole des Arts et Métiers dAngers où il entre à 15 ans comme Major de la promotion 1897-1900 formée de 300 brillants élèves provenant de
tout louest de la France de Caen à Perpignan. Il en sort Ingénieur à 18 ans, en Juin 1900.