chargement en marche. On en parla beaucoup à lépoque et certains se souviennent certainement des fameux "mille-pattes atomiques " dont parlait la presse pour
désigner les convois gigantesques qui transportaient les grands générateurs de vapeur jusquà Marcoule. Ces réacteurs furent une grande réussite et tournèrent
comme des horloges pendant une trentaine dannées.
Lorsque la SACM et les Chantiers de lAtlantique constituèrent le Groupement Atomique Alsacienne Atlantique, GAAA, M. Ertaud y prit la tête des
départements études puis devint Directeur technique. Il serait trop long dénumérer toutes les références de GAAA, qui réalisa une dizaine de réacteurs mettant
en uvre tous les types de filières expérimentées à lépoque.
Tous ces projets portent la marque de M. Ertaud qui analysait tout avec soin. Il avait pour cela une façon personnelle de travailler : quoiquà la tête déquipes
importantes, il appelait directement dans son bureau, en tête-à-tête, lingénieur responsable, lorsquun problème se posait, ou simplement lorsquil avait un doute sur
un point de conception. Tous deux examinaient en tête-à-tête plans et dossiers techniques dans le détail, et lingénieur avait à répondre à un feu roulant de questions
et montrer quil avait correctement pensé à tout. Ce genre dexercice était pour les jeunes ingénieurs à la fois une excellente séance de formation et une épreuve
redoutée tant les exigences de M. Ertaud étaient connues.
Plus tard, GAAA allait devenir Novatome dont il fut le Directeur scientifique. Cest Novatome qui fut chargée de réaliser le réacteur nucléaire à neutrons
rapides SUPER PHENIX, un prototype construit en coopération avec les industries italienne et allemande. Après des incidents de jeunesse, il devint la cible aveugle
dopposants de tout poil qui, à défaut darguments techniques, utilisèrent toutes sortes dartifices juridiques pour finir par obtenir sa mise à larrêt, alors que, les
premières difficultés résolues et toutes autorisations obtenues, il venait dafficher un fonctionnement ininterrompu de près dun an et demi. Si je relate ici cet
épisode, cest que, comme nous tous et plus encore, M. Ertaud fut très affecté par ce succès de lirrationnel sur la rigueur et par ce dévoiement des esprits, souvent
au détriment de la simple vérité. Sil acceptait en effet, volontiers, toute opinion fondée sur des arguments honnêtes, exprimés avec cohérence, il détestait les
théories édifiées à seule fin datteindre un but idéologique et ne prenant en compte que les éléments qui les arrangent et ignorant délibérément les autres.
Permettez- moi de reproduire ces réflexions, extraites dun discours de M. Ertaud dans lequel il commentait la pensée du Père Teilhard de Chardin. Elles
expriment, mieux que je ne saurais le faire, ses convictions :
" On peut classer les hommes en trois catégories :
- Les fatigués, pour lesquels lexistence est une erreur. Ils cherchent le plus habilement possible à quitter le jeu et se disent: pourquoi la science, pourquoi la
technique, nest-on pas mieux assis que debout et couché quassis ?
- Les bons vivants, ceux qui jouissent de linstant présent, qui ne se préoccupent daucune évolution, qui ne veulent rien risquer, rien oser. Ceux qui consomment
sans souci daméliorer la vie.
- Enfin, les ardents, pour lesquels la vie est une ascension et une découverte, pour lesquels il est toujours possible et uniquement intéressant de devenir "plus ",
au sens le plus complet du terme. On peut les plaisanter, les traiter de naïfs ou les trouver gênants, mais ce sont eux qui nous ont faits ce que nous sommes et dont
sortira la terre de demain ".
Une bien belle leçon ...
La lignée Ertaud
Les Ertaud étaient nombreux à Rezé répartis en plusieurs branches familiales plus ou moins proches. La lignée de Adrien Ertaud est initiée par Julien Ertaud
(ca 1550) marié à Jamette Marteaux. Son petit-fils André (1608) marié à Jeanne Denis est un personnage important. Deux générations plus tard un autre André
(1675) épouse une Perrine Ollive. Leur fils André (1713) épouse en 1738 Marie-Thérèse Lemerle, dont lun des nombreux enfants est Athanase (1757), recensé